Le Crystal Palace
Pour l’Exposition universelle de Londres, le jardinier Joseph Paxton construit en quelques mois seulement un hall de fonte et de verre long de 564 mètres. Les éléments sont standardisés et fabriqués en usine.
Pour la première fois, un édifice monumental était construit comme une machine. Cela annonçait le modernisme.
L’Exposition universelle de Londres de 1851 fut portée par le prince Albert et le fonctionnaire Henry Cole, qui voulaient présenter la Grande-Bretagne comme l’atelier du monde. Mais un concours d’architecture ne donna aucun projet utilisable, et le dessin du comité lui-même, un bâtiment de brique surmonté d’une immense coupole, était à la fois coûteux et impossible à construire à temps. Joseph Paxton était jardinier du duc de Devonshire à Chatsworth et avait construit de grandes serres de fer et de verre, dont une pour le gigantesque nénuphar d’Amazonie. Il esquissa son projet en peu de temps, selon l’anecdote célèbre sur un buvard pendant une réunion. Le dessin fut publié dans un journal illustré, et le soutien du public contribua à ce que le comité accepte le projet.
L’entreprise Fox, Henderson & Co éleva le hall à Hyde Park à partir de poteaux de fonte, de poutres, de petits bois et de plaques de verre, tous dans quelques dimensions standard. Les éléments furent fabriqués en usine, acheminés par chemin de fer et assemblés sur place par des équipes à un rythme soutenu, avec des chariots spéciaux roulant le long de la toiture pour poser le verre. Le toit était plissé en crêtes et en noues, et l’eau de pluie s’évacuait par les poteaux creux. Pour éviter d’abattre de grands ormes, le bâtiment reçut un haut transept à toit voûté qui abritait les arbres. La reine Victoria inaugura l’exposition le 1er mai 1851, et l’été vit environ six millions de visites.
C’est le journal Punch qui baptisa l’édifice Crystal Palace. Beaucoup s’enthousiasmèrent, tandis que d’autres, comme le critique John Ruskin, estimaient qu’une maison de verre ne pourrait jamais être de l’architecture. Les bénéfices de l’exposition servirent à acheter des terrains à South Kensington, où furent ensuite construits le Victoria and Albert Museum, le Science Museum et le Natural History Museum. Le hall lui-même fut démonté et remonté, agrandi, à Sydenham, dans le sud de Londres, où il resta jusqu’à son incendie en 1936. L’idée fit rapidement des émules, dans les expositions universelles, les gares et les halles de marché. En Suède, on en trouve un écho net dans la Palmhuset du jardin de la Trädgårdsföreningen de Göteborg, une serre des années 1870 inspirée du palais de Paxton.