Matthias Grünewald

Matthias Grünewald
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Le peintre de la souffrance.

Matthias Grünewald peignit le retable d’Issenheim pour l’hôpital du couvent des Antonins, où l’on soignait les malades atteints du feu de saint Antoine (l’ergotisme). Son Christ en croix, couvert de plaies, montre la souffrance sans l’embellir.

Matthias Grünewald est un nom qu’il n’utilisa jamais lui-même. Il s’appelait probablement Mathis Gothart Nithart, et c’est un historien de l’art allemand du XVIIe siècle qui lui donna le nom de Grünewald, sans doute par erreur. Il naquit vers 1470-1480, vraisemblablement à Wurtzbourg. On ne sait presque rien de sa formation.

Il travailla plusieurs années pour les archevêques de Mayence, à la fois comme peintre et comme ingénieur chargé notamment d’adductions d’eau et de constructions. Son chef-d’œuvre est le retable d’Issenheim, peint vers 1512-1516 pour le couvent des Antonins d’Issenheim, en Alsace. Les moines y soignaient les malades atteints du feu de saint Antoine, une grave intoxication due à une moisissure des céréales qui provoquait convulsions et gangrène. Le retable se trouve aujourd’hui au musée Unterlinden de Colmar, en France.

Le retable d’Issenheim est une caisse munie de volets qui pouvaient s’ouvrir de différentes manières au fil de l’année liturgique. Fermé, il montre la Crucifixion. Le corps du Christ est couvert de plaies et d’épines, ses mains sont tordues par la douleur et sa peau verdâtre de putréfaction. Pour les malades, l’image pouvait montrer que le Christ partageait leur souffrance. Lorsque les volets s’ouvrent, on voit au contraire la Résurrection, où le Christ s’élève vers le ciel dans une lumière incandescente. Les contrastes sont violents, dans les couleurs comme dans les sentiments.

Grünewald vécut pendant les années troublées de la Réforme et de la guerre des Paysans. Il semble avoir été proche des idées protestantes nouvelles, et des écrits luthériens figuraient parmi les biens qu’il laissa. Il mourut en 1528 à Halle. Seules une dizaine de peintures et une trentaine de dessins sont conservés.

Après sa mort, il tomba presque entièrement dans l’oubli. Il fut redécouvert au début du XXe siècle, lorsque les expressionnistes allemands virent en lui une âme sœur. Le compositeur Paul Hindemith lui consacra l’opéra Mathis der Maler. Il est aujourd’hui considéré comme l’un des peintres les plus bouleversants de l’histoire de l’art allemand.