Cindy Sherman

La photographe qui joue tous les rôles.
Cindy Sherman se photographie elle-même déguisée dans des centaines de rôles, de la star de cinéma au clown. Ses œuvres explorent l’identité et les stéréotypes.
Cindy Sherman est née en 1954 à Glen Ridge, dans le New Jersey, et a grandi à Long Island, près de New York. Enfant, elle aimait se déguiser. Elle a étudié au Buffalo State College, d’abord la peinture, puis la photographie. À Buffalo, elle a participé à la création de Hallwalls, un espace d’exposition géré par des artistes, avec notamment Robert Longo.
La percée est venue avec les Untitled Film Stills (1977–1980), une série de 70 photographies en noir et blanc. Chaque image ressemble à un photogramme tiré d’un film des années 1950 ou 1960 : une femme seule dans une cuisine, dans une rue de grande ville, sur un lit d’hôtel usé. Mais ces films n’existent pas, et toutes les femmes sont Sherman elle-même. La série montre comment les images de femmes se construisent à partir de clichés que nous reconnaissons. Le Museum of Modern Art de New York a acheté la série complète en 1995.
Sherman est à la fois modèle, maquilleuse, metteuse en scène et photographe de ses images, mais elle a affirmé qu’il ne s’agissait pas d’autoportraits. Après les Film Stills sont venues des photographies en couleur de grand format. Il y a des séries sur le monde de la mode, sur les contes et les catastrophes, avec de la nourriture en décomposition et des prothèses, et sur l’histoire de l’art, pour laquelle elle s’est déguisée, en 1988–1990, en personnages de portraits anciens. Elle a réalisé des séries sur les clowns et sur des femmes âgées de la haute société.
Sherman appartient à ce que l’on appelle la Pictures Generation, des artistes américains qui, vers 1980, ont exploré les images des médias de masse. Elle a reçu une bourse MacArthur en 1995. Ses photos se sont vendues pour des sommes considérables, et elle a fait l’objet de rétrospectives dans les plus grands musées. Ces dernières années, elle a aussi utilisé des applications mobiles et les réseaux sociaux pour déformer son visage.
Son influence est immense. Elle a montré que l’identité est quelque chose qui se joue, et ses changements de rôle ont annoncé la culture actuelle des selfies et des moi numériques. Peu d’artistes contemporains ont aussi nettement influencé notre regard sur la photographie, le genre et la représentation de soi.