Sainte-Sophie

Sainte-Sophie
Adli Wahid, CC BY-SA 3.0

L’église de l’empereur Justinien à Constantinople a été pendant mille ans la plus grande du monde. Sa coupole semble flotter au-dessus d’une couronne de fenêtres. L’édifice est ensuite devenu mosquée, musée, puis de nouveau mosquée.

La lumière des fenêtres situées sous la coupole donne l’impression que la voûte repose sur la lumière.

Sainte-Sophie, Hagia Sophia en grec, signifie « la Sainte Sagesse ». L’église a été construite à Constantinople, l’actuelle Istanbul, après l’incendie d’une église plus ancienne lors de la sédition Nika, en 532. L’empereur Justinien a fait élever le nouvel édifice en cinq ans seulement. Il a été consacré en décembre 537. Les architectes étaient Anthémius de Tralles et Isidore de Milet, tous deux versés en mathématiques et en mécanique. Le chantier a mobilisé des milliers d’ouvriers. Les matériaux ont été acheminés de tout l’empire, notamment des marbres de couleur et des colonnes de porphyre.

L’église associe une longue basilique à une coupole centrale. Celle-ci, d’un diamètre d’un peu plus de trente mètres, repose sur quatre grands arcs. Le passage de la base carrée à la coupole ronde est assuré par des pendentifs, des surfaces triangulaires incurvées. Des demi-coupoles sur deux côtés prolongent l’espace et le rendent immense. Sous la coupole s’ouvre un sol presque dégagé, sans les rangées de colonnes qui divisaient les églises plus anciennes. La structure est faite de brique et de mortier, avec des joints de mortier exceptionnellement épais.

Quarante fenêtres serrées les unes contre les autres entourent la base de la coupole. Grâce à la lumière, la coupole semble flotter. L’historien Procope, contemporain de Justinien, a écrit qu’elle paraissait suspendue au ciel par une chaîne d’or. Les murs ont été revêtus de marbres de multiples couleurs, et les voûtes couvertes de mosaïques d’or. L’espace est si vaste que le visiteur s’y sent tout petit, ce qui était certainement voulu.

La première coupole s’est effondrée après un tremblement de terre en 558. Elle a été reconstruite, un peu plus haute et plus bombée, et achevée en 562. D’autres séismes ont ensuite causé de nouveaux dégâts et entraîné des réparations. Au fil des siècles, des contreforts ont été ajoutés à l’extérieur pour soutenir l’édifice. Les cérémonies impériales byzantines s’y déroulaient, et les empereurs y étaient couronnés.

Pendant la crise iconoclaste, aux VIIIe et IXe siècles, les images religieuses ont été détruites dans l’empire. Les mosaïques à figures humaines visibles aujourd’hui sont donc plus récentes que l’église elle-même. L’une des plus célèbres est la Déisis de la galerie, où le Christ est entouré de Marie et de saint Jean-Baptiste. On la date généralement du XIIIe siècle. D’autres mosaïques montrent des empereurs et des impératrices apportant des offrandes au Christ ou à Marie.

Lorsque les Ottomans ont conquis Constantinople en 1453, le sultan Mehmed II a transformé l’église en mosquée. Des minarets ont été construits, et les mosaïques ont peu à peu été recouvertes d’enduit. De grands médaillons portant des inscriptions arabes ont été installés au XIXe siècle. Sous Atatürk, l’édifice est devenu un musée et a été ouvert aux visiteurs en 1935. En 2020, il est redevenu une mosquée, une décision qui a suscité un débat international.

Sainte-Sophie a été pendant près de mille ans la plus grande église du monde. Elle a servi de modèle aussi bien aux églises byzantines qu’aux mosquées ottomanes, notamment aux œuvres de l’architecte Sinan. Depuis 1985, elle fait partie du site des zones historiques d’Istanbul, inscrit au patrimoine mondial de l’Unesco. Elle reste l’un des édifices les plus visités au monde.