L’Empereur Justinien et sa suite

L’Empereur Justinien et sa suite
Steven Zucker, CC BY 2.0

Dans l’église Saint-Vital de Ravenne, l’empereur se tient au centre d’une rangée de prêtres et de soldats. L’art byzantin voulait montrer le sacré et l’éternel, non une scène réelle.

Les figures se détachent à plat sur le fond d’or et leurs pieds se chevauchent : l’espace n’a pas d’importance.

La mosaïque se trouve dans l’église Saint-Vital de Ravenne, dans le nord de l’Italie. La construction de l’église a commencé vers 526, quand la ville était encore gouvernée par les Ostrogoths. Elle a été financée par un homme fortuné nommé Julien l’Argentier. Après la prise de Ravenne par les troupes byzantines en 540, la ville est devenue le centre du pouvoir impérial en Italie. L’église a été consacrée en 547 ou 548 par l’archevêque Maximien. Saint-Vital est dédiée au martyr Vital, mort à Ravenne selon la tradition.

Saint-Vital est une église octogonale de plan centré. La mosaïque de Justinien orne le mur nord du chœur, près de l’autel. En face se trouve une image correspondante de l’impératrice Théodora et de ses dames de cour. Le couple impérial est représenté comme s’il assistait à la messe, alors qu’aucun des deux ne s’est jamais rendu à Ravenne.

Justinien se tient au centre, vêtu d’un manteau pourpre fermé par une grande fibule. Il porte un nimbe et tient une patène d’or contenant le pain de l’eucharistie. À sa droite se tiennent des prêtres et l’archevêque Maximien, une croix à la main. Maximien est le seul personnage dont le nom est inscrit au-dessus de la tête. À gauche se trouvent des dignitaires et des soldats. Un bouclier porte le monogramme du Christ, les lettres grecques chi et rhô. Les dignitaires portent des manteaux blancs ornés d’empiècements pourpres qui indiquaient leur rang.

Les figures sont au nombre de douze, chiffre que l’on rapproche généralement des apôtres. L’image unit pouvoir ecclésiastique et pouvoir temporel : l’empereur se tient entre prêtres et soldats et fait figure de représentant de Dieu sur terre. L’identité des autres dignitaires a été débattue. On a parfois proposé le général Bélisaire ou Julien l’Argentier, mais aucun nom n’est certain. L’image de Théodora, en face, porte le même message. Elle tient un calice d’or contenant le vin, et au bas de son manteau on voit les Rois mages apportant leurs présents.

Les figures sont raides et frontales. Elles ont de grands yeux et se tiennent sur un sol vert sans profondeur. Leurs pieds se chevauchent, si bien qu’il est difficile de savoir qui se tient où. Le fond d’or sépare la scène du monde quotidien. Il s’agit de rang et de cérémonial, non d’un espace réel.

La mosaïque est composée de milliers de petits fragments de verre et de pierre, les tesselles. Dans les tesselles dorées, une fine feuille d’or a été placée entre deux couches de verre. Les fragments sont posés selon des angles légèrement différents, de sorte que la lumière se reflète et que la surface scintille lorsqu’on se déplace dans l’espace.

Les mosaïques de Ravenne ont mieux traversé les siècles que la plupart des images byzantines de Constantinople, détruites pendant la crise iconoclaste. Elles comptent donc parmi nos sources les plus importantes sur l’art byzantin du VIe siècle. Saint-Vital et d’autres monuments paléochrétiens de Ravenne sont inscrits au patrimoine mondial de l’Unesco depuis 1996. Dans l’abside, au-dessus, le Christ trône sur un globe bleu, entouré d’anges et de saint Vital.