La Victoire de Samothrace

La déesse de la Victoire se pose sur la proue d’un navire, le vent dans sa tunique. La statue est un chef-d’œuvre de l’époque hellénistique, quand la sculpture est devenue dramatique et pleine de mouvement.
Voyez comment l’étoffe fine et mouillée à la fois cache et révèle le corps.
La statue a été découverte en 1863 sur l’île de Samothrace, au nord de la mer Égée. Le consul français et archéologue amateur Charles Champoiseau fouillait le sanctuaire des Grands Dieux et y a trouvé le torse en plusieurs morceaux. Il a envoyé ses trouvailles à Paris. Les blocs du navire sur lequel se tient la déesse ont été retrouvés plus tard. La statue est le plus souvent datée d’environ 190 av. J.-C., mais cette datation est discutée. Champoiseau a tout de suite compris qu’il avait trouvé quelque chose d’exceptionnel et a expédié le torse en morceaux au Louvre, où il a été remonté.
Niké est la déesse de la victoire. Elle vient de se poser sur la proue d’un navire de guerre, les ailes déployées vers l’arrière. Le vent plaque la fine tunique contre son corps et fait flotter l’étoffe en plis profonds autour des jambes. Elle a perdu la tête et les bras. La main droite n’a été retrouvée qu’en 1950 et est exposée dans une vitrine à proximité. Son corps penche en avant contre le vent, et le poids repose sur la jambe droite. Les vêtements semblent encore en mouvement, comme si elle se posait à l’instant même.
La déesse est taillée dans du marbre de Paros, tandis que le navire est fait d’un marbre gris qui pourrait provenir de Rhodes. La statue mesure près de trois mètres, et avec le navire le monument dépasse cinq mètres. Le côté droit est moins soigneusement travaillé que le gauche, ce qui indique que la statue devait être vue de biais, depuis la gauche. Les parties du corps et des ailes ont été sculptées séparément puis assemblées. L’aile droite est en grande partie une reconstitution ultérieure en plâtre, réalisée en miroir de l’aile gauche.
La statue a probablement été érigée en souvenir d’une victoire navale. On ignore de quelle victoire il s’agissait et qui l’a commandée. Le lien avec Rhodes, grande puissance maritime, est une hypothèse courante mais non prouvée. Le monument se dressait dans une niche du sanctuaire, haut au-dessus d’une pente en forme de théâtre.
La Victoire de Samothrace est l’un des plus grands exemples de l’art hellénistique. Les sculpteurs recherchaient alors le mouvement, le drame et des effets émotionnels puissants. Le contraste entre le corps vigoureux et l’étoffe transparente et mouillée est un triomphe technique.
Depuis les années 1880, la statue se dresse au sommet de l’escalier Daru du Louvre, où elle accueille les visiteurs d’en haut. Pendant la Seconde Guerre mondiale, elle a été évacuée dans un château à la campagne. En 2013-2014, la statue et le navire ont fait l’objet d’une importante restauration. On a retiré la saleté et revu les réparations plus récentes. Le navire de marbre gris a alors retrouvé une teinte plus claire.
La statue est devenue un symbole de la victoire et du mouvement. Elle a inspiré artistes et designers. Le futuriste Marinetti a écrit en 1909 qu’une automobile rugissante était plus belle que la Victoire de Samothrace. La figure survit dans tout, des médailles sportives aux marques commerciales.