Casa Batlló

Casa Batlló, Passeig de Gràcia, Barcelone
ChristianSchd, CC BY-SA 3.0

Gaudí a transformé un immeuble d’habitation ordinaire en un édifice qui évoque un animal marin ou un dragon. La façade est couverte de mosaïque de verre, les balcons ressemblent à des masques et le toit à une échine de dragon. Le modernisme catalan, variante espagnole de l’Art nouveau, sous sa forme la plus fantasque.

L’industriel du textile Josep Batlló avait acheté un immeuble des années 1870 sur le Passeig de Gràcia, l’artère la plus prestigieuse de Barcelone, et voulait d’abord le démolir. Antoni Gaudí l’a convaincu de le transformer plutôt, et les travaux ont duré de 1904 à 1906. Gaudí a ajouté un étage, refait le puits de lumière, dessiné une toute nouvelle façade sur rue et rénové l’étage où vivait la famille. Il a employé des techniques catalanes traditionnelles : pierre de Montjuïc, ferronnerie, céramique et trencadís, une mosaïque de fragments de céramique et de verre brisés. Son collaborateur Josep Maria Jujol a participé aux couleurs de la façade. Gaudí partait rarement de dessins détaillés, mais de maquettes et du travail sur le chantier, et les artisans façonnaient beaucoup de choses directement selon ses indications.

La façade n’a presque aucune ligne droite. Aux étages inférieurs, les grandes fenêtres sont portées par des piliers qui ressemblent à des os, et la maison a reçu le surnom de « maison des os ». Les balcons en fonte rappellent des masques ou des crânes, et le mur qui les sépare scintille de verre et de céramique bleus et verts. Le toit est couvert de tuiles vernissées comme des écailles, avec une échine courbe qu’on interprète généralement comme le dragon de la légende de saint Georges, tandis que la tourelle surmontée de sa croix figure la lance du chevalier. À l’intérieur, le puits de lumière est revêtu de carreaux bleu foncé en haut et plus clairs vers le bas, afin de répartir uniformément la lumière du jour. Portes, poignées et châssis de fenêtres sont modelés en douceur pour épouser la main, et les combles comportent une série d’arcs paraboliques en brique enduite de blanc.

La Casa Batlló se trouve dans le pâté de maisons appelé Mansana de la Discòrdia, où trois des principaux architectes du modernisme ont transformé des maisons voisines vers 1900. La famille Batlló a quitté la maison au milieu du XXe siècle, et elle a ensuite été utilisée par différents propriétaires. Dans les années 1990, elle a été achetée par une famille qui l’a restaurée et ouverte aux visiteurs. Depuis 2005, elle fait partie du site du patrimoine mondial des œuvres de Gaudí à Barcelone. La maison est devenue l’un des édifices les plus visités de la ville et un exemple de la manière dont une transformation, et pas seulement une construction neuve, peut devenir un chef-d’œuvre. Le modernisme catalan appartenait au même mouvement européen que le Jugend en Suède, mais il est allé plus loin dans ses formes sculpturales et dans son usage de la couleur.