Chasseurs dans la neige

Des chasseurs fatigués rentrent avec un seul renard. En contrebas, des villageois patinent. Le tableau faisait partie d’une série sur les mois de l’année et compte parmi les premiers grands paysages d’hiver.
Les arbres et les chasseurs entraînent le regard en diagonale vers le fond de la vallée et jusqu’aux montagnes.
Pieter Bruegel l’Ancien a peint le tableau en 1565 à Bruxelles. Il faisait partie d’une série sur les mois de l’année, commandée pour sa maison par Niclaes Jonghelinck, riche marchand d’Anvers. La série comptait probablement six tableaux, dont cinq sont conservés. Les autres sont Journée sombre, La Fenaison, La Moisson et Le Retour du troupeau.
Trois chasseurs avancent d’un pas lourd dans la neige, suivis d’une meute de chiens. Leur butin est maigre : un seul renard pend dans le dos de l’un d’eux. À gauche se dresse une auberge dont l’enseigne pend de travers. Devant l’auberge, quelques personnes allument un feu pour flamber les soies d’un cochon. Plus bas dans la vallée s’étendent des étangs gelés où des villageois patinent, jouent et se tirent sur des luges. Les chiens semblent aussi las que leurs maîtres.
La composition repose sur une forte diagonale. Les chasseurs et les troncs sombres conduisent le regard du premier plan, à gauche, jusqu’au fond de la vallée. De là, le regard continue vers des villages, un moulin à la roue gelée et des montagnes pointues au loin. Ces montagnes n’existent pas en Flandre. Elles sont probablement inspirées des Alpes, que Bruegel avait franchies lors d’un voyage en Italie au début des années 1550.
Les couleurs sont peu nombreuses et sourdes. Le blanc, le noir et le brun dominent, sur fond de ciel et de glace verdâtres. La lumière est froide et les silhouettes sont nettes. Les oiseaux perchés dans les arbres ou volant au-dessus de la vallée renforcent l’impression de silence. Bruegel peignait à l’huile sur panneau de chêne, souvent en couches minces qui laissent en partie voir le dessin sous-jacent. Les détails de la vallée sont petits mais nets, et le spectateur peut longtemps y découvrir de nouvelles figures.
Le tableau peut se lire comme une évocation de l’hiver, saison du travail, de la peine et des jeux. Le contraste entre les chasseurs fatigués et les gens qui s’amusent sur la glace montre les différentes facettes de la vie. L’hiver 1564-1565 a été très rigoureux en Europe du Nord, et on a souvent suggéré qu’il avait influencé le tableau. La période est parfois appelée le petit âge glaciaire, mais le lien avec le tableau relève de l’interprétation.
La série est passée à la ville d’Anvers, qui l’a offerte en 1594 à l’archiduc Ernest d’Autriche. De là, les tableaux sont entrés dans les collections des Habsbourg. Trois d’entre eux, dont Chasseurs dans la neige, se trouvent aujourd’hui au Kunsthistorisches Museum de Vienne. Ils y sont exposés aux côtés de plusieurs autres œuvres majeures de Bruegel, dans l’une des plus grandes collections au monde de sa peinture.
Chasseurs dans la neige est l’un des tableaux d’hiver les plus célèbres au monde. Il est devenu un modèle de la manière dont un paysage peut représenter à la fois la nature et les hommes. Le réalisateur Andreï Tarkovski l’a utilisé dans ses films Solaris et Le Miroir. Le tableau figure souvent sur des cartes de Noël et a inspiré des poètes comme William Carlos Williams.