En plein air : peindre en extérieur
En plein air, c’est peindre à l’extérieur, directement devant le motif, au lieu de travailler à l’atelier. La méthode donna des couleurs plus claires, une touche plus rapide et une nouvelle sensibilité au temps, à la lumière et à l’heure du jour. Elle devint plus facile lorsque la peinture à l’huile commença à être vendue en tubes dans les années 1840, et les impressionnistes en firent leur signe distinctif. En suédois, on parle de friluftsmåleri.
Faits
- Prononciation: [ɑ̃ plɛn ɛʁ]
- En suédois: Friluftsmåleri
- Condition préalable: Peinture à l’huile en tube à partir des années 1840 et chevalets portatifs
- Précurseurs: Constable, Corot et les peintres de Barbizon
- Percée: Les impressionnistes en France dans les années 1870
- En Suède: Les Opposants, qui apprirent la méthode à Grez-sur-Loing
De l’esquisse à la méthode
Les paysagistes ont toujours dessiné en extérieur, mais pendant longtemps les grandes toiles étaient peintes à l’atelier. Dehors, on faisait des esquisses ; à l’intérieur, on construisait l’image selon les règles de la composition et de la lumière. Vers 1800, il devint plus courant de peindre de petites esquisses à l’huile directement dans la nature, en particulier en Italie, où de jeunes artistes de toute l’Europe étudiaient la lumière. En Angleterre, John Constable peignit en extérieur une multitude d’études de nuages et notait au dos le temps et l’heure.
Camille Corot apprit de ses maîtres à peindre des esquisses en plein air. De 1825 à 1828, il vécut en Italie et y peignit de petites esquisses à l’huile dans la lumière limpide, aux formes nettes et aux nuances fines, comme l’esquisse du pont de Narni, de 1826, au Louvre. Les grands tableaux qu’il envoyait au Salon étaient pourtant composés à l’atelier. Les esquisses, qu’il ne montrait pas lui-même, sont aujourd’hui considérées comme certaines de ses meilleures œuvres.
Le tube et le chevalet de campagne
Peindre dehors à plus grande échelle exigeait un nouvel équipement. Auparavant, la peinture à l’huile était conservée dans de petites vessies de boyau animal qui séchaient vite une fois ouvertes. En 1841, le peintre de portraits américain John Goffe Rand obtint à Londres un brevet pour un tube de peinture en métal, que l’on pouvait comprimer. Le peintre pouvait désormais emporter toute une palette. Des chevalets légers et pliants, des parasols contre le soleil et des toiles de format standard firent le reste.
Le chemin de fer joua aussi son rôle. De Paris, les peintres pouvaient gagner en quelques heures la forêt de Fontainebleau, les bords de la Seine ou la côte normande et être rentrés le soir même. La peinture en plein air allait de pair avec une époque nouvelle, où les loisirs, les voyages et la nature devenaient des motifs en eux-mêmes.
Barbizon et la forêt de Fontainebleau
À partir des années 1830, un groupe de peintres se rassembla dans le village de Barbizon, près de la forêt de Fontainebleau, au sud de Paris. On les appelle l’école de Barbizon, et parmi eux figuraient Théodore Rousseau et Jean-François Millet, qui vécut au village de 1849 jusqu’à sa mort. Corot peignait souvent dans la même forêt. Ils voulaient montrer la nature française telle qu’elle était, avec ses chênes, ses mares et ses paysans au travail, et non comme un décor idéalisé pour des mythes.
Les peintres de Barbizon faisaient souvent des études en extérieur et terminaient à l’atelier, mais ils firent du paysage un sujet sérieux et jetèrent les bases du réalisme. Les jeunes impressionnistes visitèrent les mêmes lieux dans les années 1860 et allèrent plus loin : ils voulaient que l’image achevée soit peinte dehors.
Les impressionnistes : la lumière de l’instant
Pour Claude Monet, la peinture en extérieur était un principe. Il peignait de grandes toiles dans le jardin et fit, selon un récit célèbre, creuser une tranchée pour pouvoir y descendre la toile et atteindre sa partie supérieure. Plus tard, il aménagea un petit bateau en atelier flottant sur la Seine. Impression, soleil levant, de 1872, le port du Havre dans la brume matinale, a donné son nom à tout le mouvement ; pour en savoir plus, lisez le guide sur l’impressionnisme.
La lumière du dehors change sans cesse, ce qui imposa une nouvelle technique. Les peintres travaillaient vite, par touches courtes de couleur pure juxtaposées plutôt que par tons mélangés, et ils virent que les ombres ne sont pas grises mais bleues et violettes. Monet apprit peu à peu à travailler sur plusieurs toiles à la fois et à changer de toile quand la lumière changeait, comme dans les séries des meules et de la cathédrale de Rouen. Beaucoup de ces tableaux furent pourtant achevés à l’atelier. La peinture en plein air était autant un idéal qu’une méthode exacte.
Les Suédois à Grez et la nuit d’été nordique
Dans les années 1870 et 1880, des artistes suédois apprirent en France la peinture de plein air. Le village de Grez-sur-Loing, au sud de Paris, devint un centre pour les Scandinaves, et y peignirent notamment Carl Larsson, Karl Nordström et Nils Kreuger. La lumière au bord de la rivière était souvent grise et humide, et les tableaux des Suédois qui en viennent sont sourds, loin du soleil éclatant des impressionnistes.
L’Heure du petit-déjeuner (Frukostdags) de Hanna Pauli, de 1887, montre une table dressée dans le jardin, où la lumière du soleil se filtre à travers le feuillage et scintille sur le verre et la porcelaine. Le tableau reçut un accueil mitigé et fut jugé négligemment peint, mais il compte aujourd’hui parmi les plus aimés de la peinture de plein air suédoise. De retour en Suède, les artistes firent de la claire nuit d’été un motif nouveau. Pour en savoir plus sur leur génération, lisez l’époque Les Opposants et les années 1890 de l’appli.
Essayez vous-même
La peinture de plein air est toujours vivante. De nombreux peintres et amateurs sortent encore avec leur chevalet, et David Hockney a peint dans les années 2000 de grands paysages du Yorkshire en partie en extérieur, sur plusieurs toiles assemblées ensuite. Essayez vous-même : choisissez une vue et peignez-la ou dessinez-la en une demi-heure, une fois le matin et une fois le soir. Comparez ensuite les ombres, la couleur du ciel et ce que vous avez eu le temps de faire. Le changement de la lumière est ce que les peintres de plein air cherchaient à saisir.
L’image ci-dessous montre comment la couleur pure à côté de la couleur pure se mélange dans l’œil. Les couleurs du paysage à distance sont traitées dans le guide sur la perspective atmosphérique, et le thème paysage de l’appli présente ce motif à travers l’histoire.
Comment le reconnaître
- Des couleurs claires et peu de zones vraiment sombres
- Une touche visible et rapide
- Des ombres colorées en bleu et en violet
- Un temps et une heure du jour précis
- Souvent un format plus petit, que l’on pouvait porter
- Des motifs proches de la maison : jardins, rivières et côtes
Exercice
Qu’est-ce qui a facilité la peinture en extérieur à partir des années 1840 ?
- La photographie
- La peinture à l’huile en tubes
- La lumière électrique
- John Constable
- Camille Corot
- Jean-François Millet
- réalisme
- Claude Monet
- Impression, soleil levant
- impressionnisme
- Carl Larsson
- Karl Nordström
- Nils Kreuger
- L’Heure du petit-déjeuner (Frukostdags)
- Les Opposants et les années 1890
- David Hockney
- perspective atmosphérique
- paysage
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