Qu’est-ce que le pointillisme ? Seurat, les points et le mélange optique

Le pointillisme est une technique de peinture dans laquelle l’image se construit à partir de petits points de couleur pure, non mélangée, que l’œil du spectateur doit fusionner au lieu de les mêler sur la palette. Il a été mis au point par Georges Seurat à Paris dans les années 1880 et porte aussi le nom de divisionnisme ou de néo-impressionnisme. Son œuvre maîtresse est Un dimanche après-midi à l’île de la Grande Jatte, peint en 1884–1886.

Faits

Peindre avec des points

Quand on s’approche d’un tableau pointilliste, on voit des milliers de petits points de couleurs pures : bleu, orange, vert, violet. À quelques mètres de recul, les points se fondent en herbe, en eau, en ombres et en chair. Telle est l’idée de base : au lieu de mélanger les couleurs sur la palette, où elles s’assombrissent et se ternissent, le peintre les pose côte à côte et laisse l’œil faire le mélange. C’est ce qu’on appelle le mélange optique.

Le mot pointillisme vient de point, au sens de petite marque ronde. Seurat lui-même préférait d’autres termes et parlait d’une peinture fondée sur des principes scientifiques de la lumière et de la couleur. Le critique Félix Fénéon a nommé le mouvement néo-impressionnisme en 1886, et le terme divisionnisme désigne souvent le principe même de décomposer la couleur en ses éléments, y compris lorsqu’elle est posée en traits plutôt qu’en points.

Seurat et La Grande Jatte

Georges Seurat était un peintre méticuleux et théoricien. Il étudia les traités sur la couleur, réalisa quantité de dessins et d’esquisses à l’huile, et travailla deux ans à son chef-d’œuvre, Un dimanche après-midi à l’île de la Grande Jatte. Le tableau montre des Parisiens se reposant un dimanche sur une île de la Seine, avec ombrelles, chiens et un singe tenu en laisse. Les figures sont raides, presque géométriques, comme sorties d’une frise antique.

Le tableau fut présenté à la huitième et dernière exposition impressionniste, en 1886, et fit grand bruit. Il devint le manifeste d’une orientation nouvelle : la lumière et la couleur des impressionnistes, mais avec de l’ordre, de la méthode et du calme à la place de la spontanéité. Seurat mourut dès 1891, à seulement 31 ans. Le tableau se trouve aujourd’hui à l’Art Institute of Chicago.

La science derrière la méthode : contraste et mélange

Les pointillistes s’appuyaient sur les recherches du XIXe siècle sur la couleur. Le chimiste Michel-Eugène Chevreul, à la manufacture des Gobelins à Paris, décrivit en 1839 la loi du contraste simultané : une même couleur paraît différente selon ce qui l’entoure, et les couleurs complémentaires se renforcent mutuellement lorsqu’elles sont voisines. Le physicien américain Ogden Rood écrivit en 1879 sur la manière dont la lumière de petites plages de couleur se mélange dans l’œil. Seurat avait lu les deux.

Les illustrations explicatives plus bas montrent ces deux principes. Dans la première, vous pouvez faire varier la distance et voir deux couleurs pures se fondre ; comparez avec les mêmes couleurs mélangées sur la palette. Dans la seconde, vous voyez comment le fond modifie une couleur. Pour en savoir plus sur la couleur, consultez la section couleur de Regarder l’art et le guide sur les couleurs complémentaires.

Est-ce que cela fonctionnait ?

Oui et non. Les points donnent une surface chatoyante, vibrante, surtout dans les parties claires, et les tableaux ont une luminosité difficile à obtenir avec des couleurs mélangées. Mais le mélange optique n’est pas la même chose que le mélange de pigments. Du jaune et du bleu côte à côte ne donnent pas du vert dans l’œil, mais un intermédiaire clair et grisâtre, et de loin, de nombreux tableaux pointillistes paraissent plus sourds, d’un gris perlé, que ne le promettait la théorie.

La méthode était aussi laborieuse. Une grande toile pouvait demander des mois, voire des années. C’est pourquoi plusieurs successeurs passèrent à des touches carrées plus larges, où la couleur restait pure mais la technique plus rapide.

Les autres œuvres de Seurat

Seurat n’eut le temps de peindre que quelques grandes toiles au cours de sa courte vie, et chacune était un programme. Une baignade à Asnières (1884), à la National Gallery de Londres, montre de jeunes ouvriers au repos au bord de la rivière, en face de La Grande Jatte ; elle n’est pas encore peinte en points mais en touches courtes et croisées. Dans Les Poseuses (1886–1888), il plaça trois modèles nus dans l’atelier devant sa propre Grande Jatte, comme pour montrer que la méthode se prêtait aussi au sujet classique.

Dans ses dernières œuvres, comme Le Cirque (1891), ce sont les lignes elles-mêmes qui portent le sentiment : les lignes ascendantes devaient exprimer la joie, les lignes descendantes la tristesse. Seurat s’appuyait sur les théories de son temps concernant l’expression des lignes et des couleurs. Le Cirque n’était pas tout à fait achevé à sa mort, et il se trouve aujourd’hui au musée d’Orsay à Paris.

Successeurs et héritage

Paul Signac fut le plus proche ami de Seurat et devint le porte-parole du mouvement après sa mort. Camille Pissarro, le doyen des impressionnistes, peignit un temps en points avant de revenir à une touche plus libre. Vincent van Gogh essaya la technique à Paris en 1887 et en retint les traits de couleur pure, courts, pour sa propre peinture.

Vers 1904, Henri Matisse peignit dans un style pointilliste, avant de passer aux grands aplats de couleur qui devinrent le fauvisme. L’idée de construire une image avec des points survit dans la trame des impressions et dans les pixels de l’écran. Pour le contexte, lisez le guide sur le postimpressionnisme et l’époque du postimpressionnisme, et comparez avec la touche plus libre de Monet dans Impression, soleil levant. Le mot figure aussi dans le glossaire.

Comment le reconnaître

Exercice

Où les couleurs se mélangent-elles dans un tableau pointilliste ?