Le japonisme : quand le Japon a transformé l’art et le design européens
Le japonisme est la forte influence de l’art et de l’artisanat d’art japonais sur l’art et le design européens et américains après l’ouverture du Japon au commerce dans les années 1850. Estampes, céramiques et tissus japonais révélaient un univers visuel nouveau : aplats de couleur, cadrages audacieux, asymétrie et motifs du quotidien. Les impressionnistes, Van Gogh, Whistler et les créateurs de l’Art nouveau en furent tous marqués.
Faits
- Période: v. 1860–1910
- Le mot: Japonisme, forgé par le critique français Philippe Burty en 1872
- Contexte: Le Japon s’ouvre au commerce occidental en 1854–1858
- Expositions universelles: Londres en 1862 et Paris en 1867 font découvrir l’art japonais à un large public
- En peinture: Monet, Degas, Van Gogh, Whistler, Cassatt, Toulouse-Lautrec
- Dans le design: Art nouveau et Jugendstil : Gallé, Tiffany, art de l’affiche
Un pays qui s’ouvre
Pendant l’époque d’Edo, le Japon était largement fermé au commerce occidental ; seuls les Hollandais avaient le droit de commercer, par une petite île de Nagasaki. Lorsque des navires américains imposèrent un traité en 1854, suivi de plusieurs traités de commerce en 1858, des objets japonais se mirent à affluer en Europe et aux États-Unis. Il s’agissait de porcelaines, de laques, de tissus, d’éventails et d’estampes en couleurs bon marché.
Les expositions universelles firent forte impression. À Londres en 1862, une collection d’objets japonais fut présentée, et à Paris en 1867, le Japon participa avec son propre pavillon. Des boutiques de Paris et de Londres vendaient des marchandises japonaises, et des artistes se mirent à collectionner les estampes. Le critique français Philippe Burty forgea en 1872 le mot japonisme pour désigner ce nouveau goût.
Ce que les artistes ont appris
Depuis la Renaissance, l’art européen construisait ses images sur la perspective linéaire, le modelé et un point central bien défini. Dans les estampes japonaises, l’ukiyo-e, on trouvait tout autre chose : des aplats de couleur aux contours noirs, un horizon haut, des figures coupées par le bord de l’image, des surfaces vides et un premier plan qui s’impose dans l’image, comme une branche ou un poteau.
Cela correspondait à ce que cherchaient déjà de nombreux jeunes peintres. Ils voulaient s’éloigner des images sombres et ombrées de l’Académie et saisir la vie moderne, l’instant et le quotidien. Les images japonaises montraient qu’une image pouvait être décorative tout en restant vivante, simple tout en restant audacieuse.
Les impressionnistes et Whistler
Claude Monet collectionna les estampes japonaises et les accrocha aux murs de sa maison de Giverny, où il fit aussi construire un pont japonais au-dessus du bassin aux nymphéas. En 1876, il peignit son épouse Camille dans un kimono japonais rouge. Edgar Degas apprit des estampes à cadrer, à voir la scène en plongée oblique et à laisser des surfaces de sol vides porter l’image, comme dans La Classe de danse.
Mary Cassatt vit une grande exposition d’estampes japonaises à Paris en 1890 et réalisa ensuite une série d’estampes en couleurs de femmes dans leur quotidien, avec des motifs plats et des lignes claires. James McNeill Whistler, Américain de naissance installé à Londres, peignit des femmes en kimono entourées de porcelaines, donna à ses tableaux des titres musicaux et décora en bleu et or la célèbre Salle des paons. Ses vues nocturnes de la Tamise ont appris des ponts et des brumes de Hiroshige.
Van Gogh : le Japon comme rêve
Vincent van Gogh acheta des centaines d’estampes japonaises à Paris et les exposa dans un café en 1887. La même année, il copia à l’huile deux estampes de Hiroshige tirées des Cent vues célèbres d’Edo, un prunier en fleurs et un pont sous la pluie, d’après Averse soudaine sur le pont Shin-Ōhashi. Il renforça les couleurs et peignit des bordures de caractères japonais empruntés à d’autres estampes.
Quand il s’installa à Arles, dans le sud de la France, en 1888, il écrivit à son frère qu’il voulait voir le paysage avec des yeux japonais. Les couleurs claires, les contours noirs et les surfaces plates de sa peinture tardive sont en partie des leçons japonaises ; comparez avec le guide sur le postimpressionnisme. Paul Gauguin et son cercle furent eux aussi marqués par les surfaces planes des images japonaises.
Affiches, verre et Art nouveau
L’influence fut tout aussi grande dans le design. Le marchand d’art Siegfried Bing vendait des objets japonais à Paris et publia en 1888–1891 la revue Le Japon artistique ; sa boutique, la Maison de l’Art nouveau (1895), donna son nom à tout un style. Henri de Toulouse-Lautrec fit des figures de ses affiches des silhouettes en aplats de couleur, comme dans une estampe, et Alfons Mucha enroula ses lignes autour d’elles.
Émile Gallé réalisa du verre à motifs japonais, comme les libellules et les plantes, et aux États-Unis Louis Comfort Tiffany puisa son inspiration dans le même univers visuel. Le designer Christopher Dresser se rendit au Japon en 1876–1877 et fut l’un des premiers créateurs européens à étudier sur place l’artisanat japonais. Pour en savoir plus, voir dans la partie design le Jugendstil, le guide sur l’Art nouveau et l’Art déco et l’histoire du design japonais sous l’ère Meiji, quand le Japon se mit lui-même à produire pour le marché occidental.
Comment reconnaître le japonisme
Cherchez d’abord les objets : éventails, kimonos, paravents, porcelaines et estampes accrochées au mur à l’arrière-plan. Regardez ensuite la forme. Si l’image est coupée de sorte que des figures sont tranchées par le bord, si l’horizon est haut, s’il y a de grandes surfaces vides et des aplats de couleur aux contours nets, et si la composition est asymétrique, l’influence japonaise est probable.
Le japonisme déclina après 1900 mais laissa un héritage durable. L’image plate et décorative conduisit au fauvisme et à l’art abstrait, et la simplicité japonaise redevint importante pour l’architecture et le design du XXe siècle. Lisez aussi le guide sur l’impressionnisme.
Comment le reconnaître
- Aplats de couleur aux contours nets
- Figures coupées par le bord de l’image et compositions asymétriques
- Horizon haut et grandes surfaces vides
- Un premier plan qui s’impose dans l’image : une branche, un poteau, une rambarde
- Objets japonais : kimono, éventail, paravent, porcelaine, estampe
- V. 1860–1910, de l’impressionnisme à l’Art nouveau
Exercice
Lequel de ces artistes a copié à l’huile une estampe de Hiroshige ?
- Claude Monet
- Vincent van Gogh
- Gustave Courbet
- époque d’Edo
- perspective linéaire
- ukiyo-e
- Claude Monet
- Edgar Degas
- La Classe de danse
- Mary Cassatt
- James McNeill Whistler
- Vincent van Gogh
- Averse soudaine sur le pont Shin-Ōhashi
- postimpressionnisme
- Paul Gauguin
- Henri de Toulouse-Lautrec
- Alfons Mucha
- Émile Gallé
- Louis Comfort Tiffany
- Christopher Dresser
- Jugendstil
- Art nouveau et l’Art déco
- ère Meiji
- fauvisme
- impressionnisme
- Qu’est-ce que l’ukiyo-e ? Les estampes japonaises, de Hokusai à Hiroshige
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